French Sculpture Census

TECHNIQUES DE LA SCULPTURE. MODELAGE, MOULAGE, FONTE, TAILLE

Fiche pédagogique rédigée par Jean-Marc Basserue, professeur d'arts plastiques, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 2012
(http://www.valenciennes.fr/fileadmin/PORTAIL/VA/culture/musee/pdf/page-accueil/la_sculpture-web.pdf)
(je remercie Emmanuelle Delapierre, directrice du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, de m'avoir autorisée à la reproduire).

LE MODELAGE

LE MOULAGE

TECHNIQUE DE LA FONTE

TECHNIQUE DE LA TAILLE

LE MODELAGE

Carpeaux, Amélie de Montfort, New York, The Metropolitan Museum of Art
Matériaux : argile, cire, plâtre

De toutes les techniques de la sculpture, la plus simple à mettre en oeuvre, et aussi la plus ancienne, est la technique du modelage à main libre. Elle n’exige pas nécessairement l’utilisation d’outils particuliers puisque la main du sculpteur suffit à modeler une matière naturelle et malléable comme l’argile ou la cire. Le sculpteur connaît deux procédés pour modeler la matière : le procédé de modelage par accumulation de matière et le procédé de modelage par suppression de matière. Mais, bien souvent, c’est en combinant les deux procédés que le sculpteur façonne son oeuvre. Le modelage permet au sculpteur de réaliser rapidement son ébauche dans l’argile, puis de la modifier et de la rectifier à volonté tant que l’argile ne sèche pas. Ainsi, les artistes prennent soin de réserver leurs sculptures sous un linge humide entre chaque séance de travail.
Ces qualités ont fait du modelage pendant tout le XIXe siècle la technique privilégiée du sculpteur. En effet, à partir de la Renaissance, le modelage s’est vu attribuer un caractère privilégié, dans la mesure où l’essentiel du travail du sculpteur, dès cette époque, a davantage résidé dans la conception et le façonnage des modèles que dans l’exécution des oeuvres définitives. Celle-ci a été laissée le plus souvent aux mains des mouleurs, fondeurs et des praticiens.

Quelques précisions techniques
Le modelage d’une ronde-bosse par adjonction de boulettes (écrasées) ou de colombins se pratique, selon les cas, avec ou sans armature. Les rondes bosses de grand format qui doivent servir de modèle définitif et ne sont pas soumises à la cuisson, se façonnent presque toujours à partir d’une armature.
Les rondes bosses en argile destinées à être cuites, qu’on appelle aussi « terre cuite », sont presque toujours évidées. Elles ne renferment pas d’armature qui ferait fendre et se crevasser la terre. Cet évidement, indispensable pour faciliter le séchage et éviter les risques d’éclatement au moment de la cuisson, s’opère après l’achèvement de l’oeuvre.

LE MOULAGE

Matériaux : plâtre (en général)
La technique du moulage, qui consiste à reproduire à l’aide d’un moule des formes en ronde bosse ou en relief, joue un rôle important en sculpture. Elle permet au sculpteur, dans une phase intermédiaire de son travail, de tirer une ou plusieurs répliques (1) à l’exacte imitation d’un modelage exécuté dans un matériau fragile et au mouleur de multiplier les reproductions de certaines sculptures célèbres, afin d’un assurer une diffusion commercialisée (épreuves d’édition).

Il existe 2 types de procédé de moulage.
Le moulage à creux-perdu. La réalisation d’un moule à creux-perdu en plâtre (le moule est généralement une coquille en deux morceaux) entraîne la détérioration du modèle original en terre, ou en cire. Le modèle original a donc essentiellement pour fonction de permettre le tirage d’une épreuve originale unique plus résistante.
Le moulage à bon-creux. Dans le cas du moule à bon creux, le moule est fractionné selon la complexité du modèle en plusieurs morceaux qui s’assemblent entre eux. Avant d’exécuter un moule à bon-creux à pièces, le mouleur examine le modèle dont il doit prendre l’empreinte pour déterminer l’emplacement, la forme et le nombre de pièces nécessaires (certaines statues au drapé compliqué exigent la confection de près de 1200 pièces). Pour faciliter l’opération du moulage à bon-creux à pièces, on est souvent obligé de découper le modèle en terre. Le moulage, en plâtre ou en terre, garde trace des coutures correspondant à la jonction des éléments du moule. On le « répare » en effaçant ces traces.
(1)  « Ces répliques généralement en plâtre sont obtenues par coulage de plâtre dans le moule. Le façonnage des épreuves de série en terre (argile cuite) à l’aide d’un moule à bon-creux s’effectue par pressage.

LA TECHNIQUE DE LA FONTE

Matériau : métal, plus généralement le bronze (2)
La technique de la fonte est considérée comme l’une des plus anciennes techniques de la sculpture (apparue vers la deuxième moitié du IIIe millénaire av. J.-C.). Jusqu’au XIXe siècle, les différentes opérations ont été pratiquées soit par les sculpteurs eux-mêmes, soit, le plus souvent, par des ouvriers spécialisés placés sous leur contrôle (mouleur, fondeur, ébarbeur, ciseleur, monteur, etc.). Au sortir du moule – quel que soit le procédé employé – les oeuvres fondues ne sont pas totalement achevées, elles doivent être réparées et retravaillées : ébarbage, ciselure, polissage, patine.
Il existe deux principaux procédés de fonte : la fonte à cire-perdue et la fonte au sable.
Bien qu’ils connaissent une faveur égale, des raisons pratiques conduisent les sculpteurs à privilégier :
Le procédé de la fonte au sable pour couler un nombre relativement élevé d’exemplaires (exemplaires de série, d’édition) reproduisant des modèles de formes simples ou complexes, de petites et moyennes dimensions.
Le procédé de la fonte à cire-perdue, sans destruction du modèle, pour couler un nombre limité d’exemplaires reproduisant des modèles de formes complexes de petites et grandes dimensions (le procédé de la fonte à cire-perdue convient particulièrement bien à la réalisation des œuvres monumentales comme les statues équestres) fondues en un seul jet.

Fonte à la cire perdue
Pour les sculptures en bronze, la technique la plus couramment utilisée au XIXe siècle est celle de la fonte à la cire perdue. Dans un nouveau moule en creux réalisé à partir du plâtre original, le fondeur coule de la cire et obtient une réplique fidèle du modèle. Lorsque la cire a durci, elle est entourée d’un réseau de conduits par lesquels s’échapperont, à l’étape suivante, la cire fondue et les gaz. L’ensemble est recouvert d’une coque en matériaux réfractaires, puis chauffé. La cire fond, s’écoule, et le métal en fusion est introduit par l’intermédiaire des conduits dans l’espace laissé libre. Lorsque le bronze a repris sa consistance solide, le moule est cassé, les conduits ou évents coupés au ras de la surface ; l’ensemble est ciselé et poli avant d’être patiné. Lorsqu’on veut obtenir une fonte creuse, ce qui est le cas le plus fréquent et surtout lorsqu’il s’agit d’une sculpture de grand format, un noyau constitué de matériau réfractaire est introduit au début de l’opération dans le moule en plâtre. L’espace laissé vide entre le moule et le noyau sera seul occupé par la cire, puis par le bronze. Le noyau sera ensuite extirpé et la sculpture sera creuse. Ces opérations peuvent être répétées à partir du premier moulage en plâtre, permettant l’édition de multiples.
(2) La composition du bronze, qui conditionne l’aspect et la résistance de l’oeuvre, consiste essentiellement en un alliage de cuivre (70 à 90 %) et d’étain (15 %). Comme le plâtre, le bronze sait conserver jusque dans ses moindres détails, la forme modelée par le sculpteur. Il est inaltérable et se brise difficilement, mais à côté de tous ces avantages, il possède deux inconvénients : il est coûteux et pesant.

Vous pouvez aussi consulter ou regarder :
Élisabeth Lebon, Dictionnaire des fondeurs de bronze d'art, France 1890-1950, Perth, Marjon éditions, 2003 : http://dico.fondeursdart.free.fr/lebon.html
Élisabeth Lebon, Fonte au sable – Fonte à la cire perdue. Histoire d’une rivalité, Paris, INHA-Ophrys, 2012 : http://inha.revues.org/3243
Adrian de Vries’s Bronze Casting Technique: http://www.getty.edu/art/gettyguide/videoDetails?segid=437 (vidéo en anglais, durée : 8’ 38’’)
Casting Bronzes: http://www.getty.edu/art/gettyguide/videoDetails?segid=370 (vidéo en anglais, durée : 6’10’’)

LA TECHNIQUE DE LA TAILLE

Matériaux : pierre, bois, plus généralement le marbre
La technique de la taille, qui consiste à supprimer de la substance dans un bloc de matière, peut être pratiquée selon deux procédés : la taille directe et la taille avec mise-aux-points.
La taille directe est un procédé de taille pratiquée par l’artiste lui-même, soit d’après nature - on pense que Michel-Ange a fait poser un marbrier de Carrare pour son David -, soit d’après des esquisses dessinées ou modelées.
La technique de la taille de la pierre s’oppose de façon très nette à celle du modelage : alors qu’en modelant, le sculpteur peut à son gré ajouter et retrancher, le fait de tailler implique exclusivement l’idée d’enlèvement de matière sans possibilité de repentirs. Aussi procède-t-on avec prudence par étapes successives : dégrossissage, ébauche, taille des plans principaux, taille des plans intermédiaires, rendu du modelé, finition et polissage. Aussi les sculpteurs, dès la Renaissance, ont-ils préféré recourir au procédé de la taille avec mise aux- points qui leur permettait de se faire aider par des praticiens ou même d’abandonner à ceux-ci la totalité des opérations de façonnage.
La taille avec mise-aux-points est un procédé qui exige le recours à un modèle définitif résistant et ayant tout le fini souhaité, pour ne donner lieu à aucune interprétation de la part du praticien qui se borne à le reproduire mécaniquement. Ce modèle est généralement un moulage en plâtre (épreuve originale) reproduisant un modèle préparatoire plus fragile, en terre ou en cire. A partir du XVIIe siècle, le travail des sculpteurs a surtout consisté à concevoir et élaborer les modèles destinés à la taille avec mise-aux-points. Sur le modèle sont prises des mesures, réseau de points de repère qui sont reportés sur le bloc à tailler. Ces points de repère indiquent l’épaisseur de matière à supprimer au fur et à mesure du travail. La densité des points augmente au fur et à mesure. Le report des points de repère peut s’effectuer à l’aide de divers instruments. Les méthodes de mise-aux-points pour reproduire un modèle sont :
La mise-aux-points sous châssis avec fil à plomb, couramment pratiquée aux XVIIe et XVIIIe siècles pour l’ébauche des rondes bosses.
La mise-aux-points par la méthode des trois compas (deux de ces compas sont à branches droites ou légèrement courbes et le troisième, appelé compas d’épaisseur, est à branches courbes). Pour un buste, la mise en place de deux ou trois cents points de repères nécessaires, représente 2 ou 3 mois de travail.
La mise-aux-points à la machine (3) : plus rapide et plus fidèle que toutes les autres méthodes de mise-aux-points, cette technique est inventée au début du XIXe siècle, elle est composée de trois pointes mobiles et d’un bras articulé susceptible de prendre toutes les positions.
(3)  L’écart entre invention et exécution s’est définitivement creusé au début du XIXe siècle avec l’invention du pantographe par Achille Collas (1837), qui facilitait les méthodes de report et autorisait même l’agrandissement ou la réduction du modèle. Le pantographe est ainsi à l’origine de l’abondante production de fontes d’édition qu’a connues le XIXe siècle.

Pour appréhender la genèse d'une sculpture taillée, vous pouvez regarder le film :
La Genèse d'une sculpture, par Adam-Tessier, réalisé par Olivier Clouzot et Julien Pappe (13 minutes, noir et blanc), faisant partie de la Roland Collection of Films on Art (www.rolandcollection.com, bande-annonce gratuite, téléchargement payant).
Ainsi que :
Carving Marbles with Traditional Tools: http://www.getty.edu/art/gettyguide/videoDetails?segid=4219 (vidéo en anglais, durée : 2’48’’)

Illustrations :
1. Jean-Baptiste Carpeaux, Amélie de Montfort, esquisse de femme debout, New York, The Metropolitan Museum of Art, 1989.289.2 (ph. www.metmuseum.org, May 13, 2011)
2. Fonte à la cire perdue, bronze entouré de conduits et évents, Copenhague, Musée des Beaux-Arts (ph Wikimedia, ESM)