French Sculpture Census

FAIR PARK, DALLAS, 1936

Fair Park est un ensemble de bâtiments construits à Dallas pour l'Exposition du Centenaire du Texas, en 1936.
Trois sculpteurs français participèrent à leur décoration.
Ils ont été étudiés par Anne-Laure GARREC, stagiaire de l'École du Louvre, en juillet-septembre 2011.
Voici le résultat de ses recherches.

Fair Park, Dallas
Désigné site historique national en 1986, Fair Park (ill. 1) constitue aujourd’hui le plus grand ensemble architectural Art Déco des États-Unis. En 1936, il accueille à Dallas l’Exposition du Centenaire du Texas : cet événement marque l’anniversaire de la bataille de San Jacinto durant laquelle le Texas arracha son indépendance au Mexique.
Dans les années 1930, ce genre d’événement constitue aux yeux des autorités un moyen de remédier à la situation économique morose du pays. L’esthétique moderne des expositions, où dialoguent art et architecture, permet à la population d’échapper pendant un temps à la réalité quotidienne de la Grande Dépression.

PROJET DE L’EXPOSITION

À la fin de 1934, Dallas est choisie comme lieu de célébration du centenaire du Texas parmi plusieurs autres villes de l’État du Texas (Houston, San Antonio et Fort Worth) en raison de moyens financiers plus importants. George Dahl est désigné architecte en chef de l’Exposition et directeur technique par la Texas Centennial Corporation. Dix bureaux d’architectes sont également sollicités pour prendre part à ce projet sous la direction de George Dahl.

Le nouveau plan de Fair Park est conçu à partir de quelques idées développées par Paul Philippe Cret, un célèbre architecte de Philadelphie invité à Dallas en tant que consultant. Ce dernier est connu pour avoir participé, comme conseiller, à la conception architecturale de l’Exposition de Chicago en 1933. En à peine quatre jours, il élabore un nouveau plan inspiré du style traditionnel Beaux Arts et de l’Exposition internationale de Chicago, surnommée « White City », en 1893. Il reprend l’axe central du plan original de George Kessler, créé en 1904, qu’il matérialise sous la forme d’un immense bassin d’eau. Le site est ensuite caractérisé par de grandes places, des fontaines ainsi que de nombreuses allées de promenade. Les visiteurs peuvent y accéder par trois entrées principales donnant sur Parry Avenue, Second Avenue et Pennsylvania Avenue.

Dahl est chargé d’engager des artistes pour la décoration du site. Il recrute, non pas des locaux, mais une majorité d’étrangers pour illustrer l’histoire du Texas. Il choisit notamment des Français ayant participé à l’Exposition de Chicago : Pierre Bourdelle, Raoul Josset et José Martin lui sont recommandés par l’architecte Donald Nelson. Raoul Josset travailla précédemment aux côtés de Donald Nelson à Chicago. Et George Dahl avait déjà toute confiance en Pierre Bourdelle et Raoul Josset dont il connaissait le talent à travers leurs œuvres passées. Il emploie également Lawrence Tenney Stevens qu’il rencontra pour la première fois en Europe. Parmi les autres artistes, il faut compter Carlo Ciampaglia, Julian E. Garnsey, Otis Dozier, Rodan Perry Nichols, et Pierre Biza. C’est au cours de ses voyages que George Dahl rencontre la plupart de ces hommes qui, face à la pénurie d’emplois due à la Grande Dépression, se spécialisent dans la création d’œuvres publiques destinées à orner les Expositions.

ARCHITECTURE

La mise en œuvre de ce projet colossal ne débute concrètement qu’en octobre 1935 : George Dahl ne dispose plus que de neuf mois pour rénover ou construire vingt-six bâtiments principaux et en réaliser la décoration artistique. Contrairement aux expositions universelles précédentes, les bâtiments de Fair Park sont construits pour durer. Plusieurs d’entre eux abritent aujourd’hui le Texas Hall of State, le musée d’Histoire naturelle de Dallas, l’aquarium, les jardins de la découverte, le Daughters of American Revolution Museum, la Science Place, et le Planétarium.

George Dahl n’est sans doute pas choisi au hasard. Au cours de ses voyages en Europe et aux États-Unis, il s’est rendu sur les sites de six expositions internationales dont il a pu admirer et étudier l’architecture. Son œuvre à Dallas est comparable notamment à l’Exposition de Stockholm, créée par l’architecte fonctionnaliste Gunnar Asplund en 1930, et à celle de Chicago en 1933. Les nouveaux bâtiments sont caractérisés par une géométrie formelle et le contraste de couleurs vives. George Dahl adopte un style moderne, inscrit dans le courant Art Déco, pour illustrer le thème dit “texanique” de l’Exposition : « the color, romance and grandeur that had marked the development of Texas…the romance of Spain and Mexico, combined with the culture of the Old South (1) ».

DÉCORATION SCULPTÉE

Les artistes arrivent en février 1936. Ils n’ont plus que quatre mois pour achever les œuvres de l’Exposition. Tous les artistes sont placés sous la direction générale de Pierre Bourdelle, Carlo Ciampaglia et Julian E. Garnsey. Le groupe des sculpteurs est dirigé par Lawrence Tenney Stevens, Raoul Josset, Jefferson Elliott Greer, et José Martin. Raoul Josset, assisté de son ami José Martin, sont chargés de réaliser les trois statues de la France, du Mexique et des États-Unis, tandis que Lawrence Tenney Stevens se voit confier la création des statues du Texas, de l’Espagne et de la Confédération. Les six statues symbolisent les six autorités étatiques ayant successivement dirigé le Texas jusqu’à son intégration dans les États-Unis d’Amérique. Donald Nelson souhaitait à l’origine que les statues soient polychromes. Il abandonne finalement cette idée jugeant que la couleur nuirait à l’harmonie de l’ensemble architectural. Raoul Josset et son ami José Martin signent également deux autres sculptures : Spirit of the Centennial et American Eagle. Pierre Bourdelle, quant à lui, signe sept bas-reliefs destinés à orner les deux édifices flanquant les rives nord et sud du bassin central. À ces œuvres s’ajoutent les bas-reliefs des pylônes situés à l’extrémité sud-ouest de l’esplanade.

Statues de la France, du Mexique et des États-Unis, pavillon de l’Automobile, par Raoul Josset et José Martin

Raoul Josset crée trois des six statues longeant l’esplanade, selon un style influencé par l’art grec classique. Les sculptures en pierre de la France, du Mexique et des États-Unis sont placées dans les trois niches de la façade du pavillon de l’Électricité, de la Communication et des Industries. En 1936, George Dahl transforme l’Automobile and Manufacturers Building, datant de 1922, en y juxtaposant deux autres bâtiments : le Hall of Electricity and Communications, et le Hall of Varied Industries. Ce nouvel ensemble architectural est détruit par le feu en 1942 mais un autre édifice, connu aujourd’hui sous le nom de pavillon de l’Automobile, est construit six ans plus tard par Walter Ahlschlager.

Josset et Martin, France, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush     Josset et Martin, Mexique, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush     Josset et Martin, Etats-Unis, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush

La France (ill. 2)

Raoul Josset choisit de représenter la figure de la France avec le bras droit levé en signe de fierté patriotique. La fleur de lys gravée sur sa poitrine symbolise, selon ses propres dires, l’époque à laquelle Cavelier de La Salle arriva au Texas. Et « pour ajouter un peu de piment, dit-il, à la sévérité de cette figure, j’ai placé une grappe de raisin dans sa main gauche illustrant la richesse et la gaieté de cette nation (2) ».

Le Mexique (ill. 3)

La statue du Mexique adopte un caractère encore plus sévère censé évoquer l’ambition conquérante de l’État d’Amérique centrale. Raoul Josset a voulu lui donner les traits d’un natif mexicain dont la mèche de cheveux tombant le long du torse accentue le caractère hiératique.

Les États-Unis (ill. 4)

Les États-Unis sont représentés par une figure humaine souriante tenant dans la main droite un rameau. Selon Raoul Josset, cette branche de laurier symbolise tout ce pour quoi le peuple américain s’est battu : la paix, la gloire et la liberté. La figure des États-Unis, dont la poitrine est ornée de l’aigle américain, tient dans ses mains un voile suggérant les deux ailes déployées d’un oiseau. L’artiste français a volontairement ajouté cet élément à son œuvre pour lui apporter un élan de légèreté.

Josset et Martin, L'Esprit du Centenaire, Dallas, Fair Park
L’Esprit du Centenaire, et Sculpture aux poissons, par Raoul Josset et José Martin (ill. 5)

La statue de L’Esprit du Centenaire orne aujourd’hui une des façades du musée de la Femme (ancien pavillon du Gouvernement). Cette œuvre en pierre représente une jeune femme nue, debout sur un cactus, et tenant dans sa main gauche du coton. Selon Raoul Josset, elle exprime à la fois la chaleur et la qualité de vie du Texas, l’hospitalité et la joie de vivre de ses habitants ainsi que la bonne santé et la force de caractère de ses travailleurs (3).
José Martin la conçoit en seulement dix jours à partir du dessin de Raoul Josset. Ce dernier demande à Georgia Carroll, une jeune fille de Dallas âgée de seize ou dix-sept ans, d’être son modèle. Comme elle refuse de poser nue, l’artiste est contraint de s’inspirer de son seul visage.
Raoul Josset et José Martin créent également la fontaine, située au pied de la statue, dans le bassin d’eau. Celle-ci représente cinq poissons qui sautent hors de l’eau suivant la ligne courbe de deux arcs de cercle. Raoul Josset souhaitait illustrer la joie de manière à inscrire son œuvre dans l’esprit du Centenaire.

Josset et Martin, Aigle américain, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush
American Eagle,
par Raoul Josset et José Martin (ill. 6)

Raoul Josset crée un aigle en relief au sommet de la tour du Federal Building pour symboliser les États-Unis d’Amérique. Cette œuvre est enduite d’une patine dorée contrastant avec la couleur grise de la tour. Son intégration quasi organique au monument confère à l’ensemble un équilibre formel et une homogénéité esthétique. Josset souhaitait ainsi l’inscrire dans la tradition monumentale égyptienne : “I believe that Monumental sculpture is not only the most noble and heroic expression of plastic art, but it is at the same time a poem, an architecture and a science. […] The sculptor must compose and balance the volumes of a statue in a perfect, logical equilibrium. Eternal symphony which contributes to the one perfection and happiness. Harmony in life. (4) ” L’œuvre originale est remplacée par une copie en 1998.

Medallion of Negro Life, par Raoul Josset

Raoul Josset crée une autre œuvre, aujourd’hui détruite, pour orner la façade d’entrée du Negro Life Building. Son but est de représenter à la fois le labeur des populations noires aux États-Unis ainsi que leurs divers accomplissements dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie, de l’éducation et de la musique (5). L’artiste choisit donc de sculpter en bas-relief un homme noir accroupi et levant les mains vers le ciel à la manière du Titan mythique Atlas.

Notes :
(1) Citation de George Dahl dans Willis Cecil Winters, Fair Park, Arcadia Publishing, 1996, p. 67.
(2) Dallas Historical Society Archives, Texas Centennial Collection A.38.3.
(3) idem.
(4) idem.
(5) idem.

Illustrations :
1. Fair Park, Dallas (ph Wikimedia, Joe Mabel)
2. Raoul JOSSET et José MARTIN, La France, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)
3. Raoul JOSSET et José MARTIN, Le Mexique, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)
4. Raoul JOSSET et José MARTIN, Etats-Unis, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco c)
5. Raoul JOSSET et José MARTIN, L'Esprit du Centenaire et Fontaine aux poissons, Dallas, Fair Park (ph. Wikimedia, Andreas Praefcke, 2009)
6. Raoul JOSSET et José MARTIN, Aigle américain, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)

Bas-reliefs des pavillons du Centenaire et de l’Automobile, par Pierre Bourdelle

Pierre Bourdelle doit adapter son œuvre au discours de l’Exposition : rendre hommage à la culture régionale texane tout en valorisant l’idée de progrès incarnée, notamment, par les grandes industries automobiles Ford ou General Motors. Il crée donc quatre bas-reliefs symbolisant les transports terrestre, aérien, ferroviaire et maritime pour décorer le pavillon des Transports, connu aujourd’hui sous le nom de pavillon du Centenaire.

Man and Angel, bas-relief, ciment coloré, par Pierre Bourdelle (ill. 1)

Pierre Bourdelle, Homme et ange, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush
Man and Angel
symbolise le transport aérien. Pierre Bourdelle choisit de personnaliser la notion de vitesse en représentant un homme et un ange en plein vol. Il développe dans son œuvre une esthétique aérodynamique d’influence futuriste grâce à plusieurs éléments graphiques. La ligne courbe des corps et du voile bleu donnent l’illusion d’un mouvement fluide. La vitesse est davantage illustrée par les lignes droites visibles à l’extrémité gauche de l’œuvre et au niveau des cheveux de l’ange. Si l’on s’intéresse plus précisément au dessin des figures, on remarque une simplicité et une standardisation des formes, notamment des visages de profil, dont les traits sont vifs et anguleux. Bourdelle adopte un style antiquisant aux accents archaïques. Son style est en revanche plus classique à l’endroit des corps où l’on remarque un abandon du maintien hiératique au profit du mouvement. Ces deux figures sont aisément comparables à celles d’une céramique grecque.

Cougar and Bison, ou Streamline, bas-relief, ciment coloré, par Pierre Bourdelle (ill. 2)

Pierre Bourdelle, Cougar et bison, Streamline, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush
Cougar and Bison
représente le transport terrestre. Le bison semble en pleine course pour fuir l’attaque du puma. Le dessin de leurs corps suit une ligne courbe de manière à suggérer encore une fois le mouvement. L’impression de vitesse est renforcée par un ensemble de lignes bleues, blanches et crème. Le terme « streamline » utilisé pour définir cette œuvre, n’est pas anodin. Il signifie en français « ligne aérodynamique ». Ce mot définit à l’origine un principe scientifique qui fut ensuite appliqué à des objets, des trains, et des bateaux par des designers industriels pour qualifier leur esthétique aérodynamique. Une fois popularisé, ce terme est devenu dans l’imaginaire américain des années 30 synonyme de vitesse et de modernité.

Man and Eagle, ou Locomotive Power, bas-relief, ciment coloré, par Pierre Bourdelle (ill. 3)

Pierre Bourdelle, Homme et aigle, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush
Man and Eagle
représente le transport ferroviaire. La locomotive est évoquée en arrière-plan par de larges roues bleues actionnées, semble-t-il, par une figure masculine athlétique et un aigle stylisé. Il se dégage de ces deux êtres une force phénoménale qui illustre la puissance nécessaire à la mise en marche de la locomotive. Peut-être Pierre Bourdelle voulait-il aussi symboliser la rencontre antagoniste mais inévitable entre nature et œuvre humaine, entre monde ancien et monde moderne.

Man and Horse ou Man Taming Wild Horse, bas-relief, ciment coloré, par Pierre Bourdelle (ill. 4)

Pierre Bourdelle, Homme et cheval, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush
Le dernier bas-relief du pavillon du Centenaire, Man and Horse ou Man Taming Wild Horse,  représente le transport maritime. Pierre Bourdelle trouva sans doute dans l’idée d’une nature sauvage un dénominateur commun entre l’eau et cet animal. L’homme tente de maîtriser le cheval comme il le ferait avec l’eau. Leurs corps allongés, perdus dans un tumulte de lignes courbes, donnent une impression de mouvement et de vitesse tout en évoquant l’oscillation de l’eau.

Bas-reliefs des pavillons de l’Electricité, de la Communication et des Industries, par Pierre Bourdelle

En 1936, Pierre Bourdelle crée aussi trois bas-reliefs pour orner le pavillon de l’Électricité, de la Communication et des Industries. Leur style est comparable à celui des quatre œuvres du pavillon du Centenaire. L’artiste utilise également les mêmes matériaux et la même technique de création pour les réaliser. Ces œuvres sont malheureusement détruites dans un incendie en 1942. Seules des photos et des plaques de verre gravées témoignent aujourd’hui de leur état original.

Texas Youth, bas-relief (détruit), ciment coloré, par Pierre Bourdelle (ill. 5)

Pierre Bourdelle, Jeunesse texane, Dallas, Fair Park
Pierre Bourdelle valorise encore une fois la culture du Texas en choisissant un sujet typiquement régional : le cowboy.

Runners/Racers, bas-relief (détruit), ciment coloré, par Pierre Bourdelle

Pour cette œuvre, Pierre Bourdelle renoue avec le thème de la vitesse déjà illustré par les bas-reliefs du pavillon du Centenaire. À l’instar de Cougar an Bison, le bas-relief Runners semble illustrer le transport terrestre par l’évocation de la course à pied.

Man and Woman, bas-relief (détruit), ciment coloré, par Pierre Bourdelle

Bas-reliefs des piliers du bassin central, par Pierre Bourdelle

Pégase, bas-relief, ciment coloré (ill. 6)
Sirène, bas-relief, ciment coloré (ill. 7)
Coquillage, bas-relief, ciment coloré (ill. 8)

Pierre Bourdelle, Pégase, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush           Pierre Bourdelle, Sirène, Dallas, Fair Park, ph. Parsons and Bush                    Pierre Bourdelle, Coquillage, Dallas, Fair Park
À l’extrémité sud-ouest de l’esplanade de Fair Park se situent deux fontaines disposées de part et d’autre du bassin d’eau. Chacune d’elle se compose d’un pylône orné, sur une face, d’un bas-relief représentant Pégase, et sur l’autre, d’une sirène. Les flans des deux pylônes sont également décorés d’un motif de coquillage stylisé. Pierre Bourdelle fait encore une fois référence à l’art antique en choisissant des sujets mythologiques et un style d’inspiration grecque.

Histoire du site

L’Exposition du Centenaire ouvre le 6 juin 1936. Elle est inaugurée par le président Franklin D. Roosevelt. Plus de sept millions de personnes visiteront ce site exceptionnel ayant permis l’emploi de plus de 15 000 personnes. Cet événement insuffle un nouvel élan économique à la ville de Dallas qui y voit une réponse salutaire à la Grande Dépression.
Le site n’évolue guère jusqu’aux années 1980 : seul le pavillon de l’Électricité, de la Communication et des Industries – rebaptisé ensuite pavillon de l’Automobile – est reconstruit en 1948, après avoir brûlé dans un incendie en 1942. Faute de connaissances suffisantes des modèles originaux, les trois bas-reliefs de Pierre Bourdelle ne sont pas recréés lors de la campagne de restauration lancée en 1998. Les bas-reliefs du pavillon du Centenaire sont quant à eux restaurés, de même que les statues de l’esplanade, L’Esprit du Centenaire et la fontaine aux poissons.

Technique du cameo-relief

Deux couches de ciment de différentes couleurs sont superposées sur le mur. Elles sont, soit colorées dans la masse par des pigments, soit peintes en surface avec de la peinture à l’huile. L’artiste sculpte ensuite la première couche de ciment afin de révéler la strate inférieure et créer ainsi un contraste de couleur. Toute la difficulté est de travailler le ciment avant qu’il ne s’assèche.
Les œuvres de Pierre Bourdelle sont définies officiellement comme des bas-reliefs mais la technique employée par l’artiste se rapproche davantage de celle du sgraffito qui consiste en la gravure d’un dessin sur un revêtement de mortier parfois coloré dans la masse. En ce sens, elle s’apparente aussi à la technique du camée. L’expression anglaise « cameo-relief » est d’ailleurs souvent utilisée pour désigner les bas-reliefs de Pierre Bourdelle.

Illustrations :
1. Pierre BOURDELLE, Homme et ange, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)
2. Pierre BOURDELLE, Cougar et Bison, ou Streamline, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)
3. Pierre BOURDELLE, Homme et aigle, ou Puissance de la locomotive, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)
4. Pierre BOURDELLE, Homme et cheval, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)
5. Pierre BOURDELLE, Jeunesse texane (Texas Youth), Dallas, Fair Park (détruit) (ph. Dallas Historical Society Archives)
6. Pierre BOURDELLE, Pégase, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)
7. Pierre BOURDELLE, Sirène, Dallas, Fair Park (ph. courtesy Jim Parsons and David Bush, Fair Park Deco)
8. Pierre BOURDELLE, Coquillage, Dallas, Fair Park (ph. Anne-Laure Garrec)

BIOGRAPHIES

PIERRE BOURDELLE
Paris, 1901 – Genève, Suisse 1966

Pierre Bourdelle, fils du célèbre sculpteur Émile-Antoine Bourdelle et du peintre Stéphanie Van Parys, naît à Paris le 21 avril 1901. Contrairement à nombre de ses pairs, il ne suit pas les cours de l’École des Beaux-Arts. Le futur artiste apprend les techniques de la sculpture du plâtre, du bois et du marbre auprès de son père dont le travail et la pensée artistiques sont influencés par Auguste Rodin. Loin de vouloir faire de son fils un sculpteur à son image, Antoine Bourdelle le pousse parallèlement à s’initier à d’autres arts, comme le vitrail ou la mosaïque. S’il l’accompagne en Grèce pour étudier la sculpture antique, il confie à Rodin le soin de lui faire découvrir l’architecture gothique en Europe. Tout au long de sa formation, le fils Bourdelle multiplie ainsi les expériences artistiques et y prend goût.

Après la guerre – à laquelle il aurait participé à seulement quinze ans en mentant sur son âge – il part pour la Hollande, l’Italie et l’Afrique afin d’acquérir de nouvelles connaissances techniques. À Rotterdam, le jeune homme apprend le batik, une technique d’impression sur tissu pratiquée en Indonésie et en Afrique, tandis qu’il découvre le travail du fer à Florence. Ces voyages vont véritablement développer son inspiration artistique au contact d’autres cultures. Il gardera d’ailleurs de la faune et de la flore de l’Afrique une vive impression dont il fixera le souvenir dans plusieurs de ses œuvres. Une fois rentré en France, il réalise quelques commandes pour soulager financièrement son père. En 1920, par exemple, il répond à une commande de dessins industriels avant de travailler chez un ferronnier à Suresnes.

D’après sa correspondance conservée au musée Bourdelle à Paris, Pierre Bourdelle sert dans l’armée française entre 1921 et 1923. Il travaille un temps dans l’aviation puis intègre l’armée d’occupation de la Ruhr. Pendant cette période, Bourdelle écrit beaucoup à son père. Dans ses lettres, on discerne un certain mal-être et une incapacité à s’adapter à l’autorité. Il émet plusieurs fois le désir de partir dans les colonies de l’océan Indien et du Pacifique, soit aux Indes, au Cambodge ou aux Nouvelles Hébrides, pour pouvoir s’adonner plus librement à l’étude de la nature et à l’écriture. Outre son goût pour l’art, Bourdelle est en effet passionné par la zoologie et la littérature, notamment les textes philosophiques. Il obtient, semble-t-il, un diplôme de maîtrise en philosophie à la Sorbonne dans les années 1920.

C’est peut-être cette pluralité d’intérêts qui le rend assez indécis sur le choix de son orientation professionnelle. Il se voit artiste, écrivain ou encore journaliste mais l’art aura finalement raison de lui. Malgré toute l’admiration qu’il porte à son père, Pierre Bourdelle fait plusieurs séjours aux États-Unis, entre 1927 et 1929, pour échapper au poids de son héritage. Il réalise quelques commandes, notamment des batiks, mais ses débuts sont particulièrement difficiles. La mort de son père, le 1er octobre 1929, marque une véritable rupture dans la vie et la carrière de Pierre Bourdelle puisqu’il fait alors le pari d’une carrière artistique américaine en s’installant définitivement aux États-Unis. Sa nouvelle vie sera même « officialisée » en 1934 par l’obtention de la nationalité américaine.

D’un point de vue personnel, Bourdelle épouse le 10 septembre 1927 une jeune Américaine : Katharine Salisbury. Malheureusement, le couple se résout très vite au divorce face à l’évidence d’une impossible vie commune. Selon différentes sources, le divorce aurait été prononcé au cours de l’année de décès d’Antoine Bourdelle, en 1929, ou bien deux ans après, à Reno, dans le Nevada. Mais cet échec n’empêche pas Bourdelle de se remarier, dès 1932, avec Barbara Barnes dont il se sépare en 1939.

Après s’être installé à New York en 1929, l’artiste français se crée progressivement un nom en réalisant des fresques décoratives dans plusieurs édifices tels que le Chanin Building (1930) ou encore la Unitarian Church IV de Brooklyn (1932). En 1931, il crée la nouveauté en proposant des panneaux en linoléum sculpté et peint dans l’Oyster Bar du Grand Central Train Terminal. Bourdelle choisit d’y évoquer le thème de la vie sous-marine : son œuvre Swimmer and Shark, par exemple, représente un homme se débattant avec un requin. Bourdelle utilise à nouveau le linoléum en 1931 à Cincinnati : la gare « Union Terminal » symbolise l’Art Déco américain qui est le fruit d’une synthèse entre le modernisme austro-allemand et l’Art Déco français impulsé par l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925. L’architecture extérieure présente une allure massive et épurée, proche du style international, alors que son décor intérieur se révèle riche et chatoyant. Bourdelle choisit en effet des couleurs vives et chaudes pour représenter des animaux et des végétaux de la jungle.

À partir de 1931, Bourdelle utilise de plus en plus le linoléum pour décorer les bâtiments. C’est un matériau imperméable constitué d’une toile de jute enduite d’huile de lin et de liège en poudre. Dans une interview de 1952, Bourdelle explique que le linoléum est particulièrement résistant. Il n’est pas altéré, par exemple, par les changements brutaux de températures. Un tel matériau représente donc à ses yeux un formidable compromis : il permet à la fois de réduire le coût de fabrication et d’optimiser la résistance physique de l’œuvre.

À l’occasion de l’Exposition internationale de Chicago, « Le Siècle du Progrès », en 1933, l’artiste confirme sa volonté de promouvoir l’union quasi organique de l’œuvre et de l’édifice. Il exécute, entre autres, des peintures murales dans le Science Building et des laques pour le Dairy Building. Le Pavillon de l’Administration est quant à lui orné d’une fresque illustrant la combat d’une panthère et d’un serpent. En 1935, grâce à la recommandation de l’architecte Donald Nelson avec lequel il travailla à Chicago, Bourdelle est recruté par George Dahl pour exécuter une partie de la décoration artistique de l’Exposition du Centenaire du Texas à Dallas. Reconnu à la fois en tant que peintre et sculpteur, l’artiste au double talent est chargé d’orner le Pavillon des Industries – connu aujourd’hui sous le nom du Pavillon de l’Automobile – de huit fresques et de quatre bas-reliefs. Si Bourdelle obtient la maîtrise totale de l’œuvre décorative de cet édifice, il se doit de partager la mise en œuvre ornementale du Centennial Building, situé sur l’autre rive de l’Esplanade, avec un autre artiste. Les huit peintures murales reviennent à l’italien Carlo Ciampaglia ; les quatre cameo-reliefs en ciment coloré, symbolisant les transports terrestre, aérien, ferroviaire et maritime, sont signés de la main de Pierre Bourdelle. En 1938, il met à nouveau ses talents au service de l’intégration de l’art à l’architecture publique dans le cadre de l’Exposition internationale de New York. La Place des Nations, par exemple, est ornée de bas-reliefs représentant les produits de la Terre ; le Pavillon de l’Alimentation est orné quant à lui d’une immense fresque représentant des scènes de récolte agrémentées d’animaux mythologiques.

En marge de ces grands projets artistiques, Pierre Bourdelle continue d’honorer des commandes privées ou publiques aux États-Unis mais aussi au-delà, en Haïti. En 1934, il réalise à nouveau des œuvres en linoléum pour le Saint Anthony’s Club à New York. L’année suivante, il crée des fresques sur le thème vaudou pour l’hôtel Sans Souci à Port-au-Prince. La Commission du centenaire du Texas lui commande en 1937 deux monuments commémoratifs élevés respectivement à San Jacinto et Laredo. En 1939, il sculpte, en collaboration avec José Martin, cinq bas-reliefs sur le thème de la médecine destinés à orner la Baylor Medical Alumni Library à Dallas. Et la même année, vingt-six panneaux décoratifs en linoléum sculpté sont fixés aux murs des principaux salons et salles à manger du paquebot transatlantique S.S. America.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Pierre Bourdelle s’engage aux côtés des forces alliées œuvrant notamment pour la libération de la France. En 1941, il est envoyé en Afrique du Nord puis en Italie où il sert dans une organisation bénévole délivrant un service d’ambulance sur le front : l’American Field Service. Il œuvre alors aux côtés de l’armée britannique jusqu’à l’entrée en guerre des États-Unis au mois de décembre. Ses temps de repos sont consacrés au dessin qui lui permet de transcrire sur papier la cruelle réalité de la guerre lors du siège de Tobrouk ou encore des campagnes de Tunisie et d’Italie. Bourdelle réalise au total cinquante-deux dessins qui sont publiés aux États-Unis en 1945 dans un portfolio intitulé War. Ils sont exposés dès 1946 au Washington County Museum of Fine Arts, à Hagerstown, dans le Maryland.

Une fois revenu aux États-Unis, il épouse Ruth Magor en 1946. De leur union naissent Stephanie Bourdelle, en 1947, et Peter Anthony Bourdelle en 1948 L’année suivante, Pierre Bourdelle crée une fresque pour l’hôtel du Prado à Mexico City : Popocatapetl Asleep. Il réalise également de nombreuses œuvres en linoléum sculpté dans des trains appartenant à la compagnie Budd à Philadelphie. Plusieurs devants de bar du California Zephyr sont ornés de panneaux représentant la faune, la flore ou des cartes géographiques. Entre 1952 et 1955, l’artiste réitèrera l’expérience en participant à la décoration de trois autres trains. Contrairement à son œuvre du California Zephyr, il puise son inspiration dans la culture amérindienne pour orner le Atchison, Topeka & Santa Fe Railway, le P.R.R Senator and Congressional Train, et le Great Northern Railway.

De 1949 à 1950, Bourdelle part vivre en Haïti avec toute sa famille. Pendant ce bref séjour, il travaille pour le gouvernement du pays dans le cadre de l’Exposition du Bicentenaire d’Haïti à Port-au-Prince. Il réalise de nombreuses œuvres parmi lesquelles il faut compter des œuvres en linoléum sculpté sur la faune et la flore dans l’entrée du palais présidentiel ainsi que des bas-reliefs en ciment coloré, illustrant la création du drapeau national, sur la Tour de l’Indépendance. C’est la dernière fois que Pierre Bourdelle participe à un projet de décoration architecturale d’une telle ampleur.

Dans les dix dernières années de sa vie, Bourdelle ne se limite pas à la sculpture. Si, en 1957, il crée des bas-reliefs en métal pour le Kohler Memorial Auditorium, à Kohler, Wisconsin, il renoue avec la technique de la mosaïque pour le Park Avenue Building, à New York, en 1958. Il poursuit également son travail du linoléum au Prieuré de Saint Dominique à Washington. L’autel de la chapelle est orné en 1961 d’un relief représentant la vie du saint. À cette époque, Pierre Bourdelle enseigne au C.W. Post College, à Brookville, New York, où il est accueilli en résidence. Il y sculpte notamment l’œuvre en bronze Admiral Conolly’s Memorial qui est inaugurée le 16 décembre 1962. En 1966, Bourdelle et sa fille Stephanie se rendent à Genève, en Suisse. Ils sont rejoints peu après par Ruth et Peter Bourdelle. L’artiste doit aider Mme Marion Cartier-Claudel dans le cadre d’un projet de fenêtre d’église mais il meurt d’une attaque cardiaque le 5 juillet 1966. Ses cendres sont ensuite dispersées à Oyster Bay, dans l’État de New York, aux États-Unis.

RAOUL JOSSET
Fours, Nièvre, 1899 – Dallas, Texas, 1957

Raoul Josset naît le 9 décembre 1899 à Fours en France. Après des études au lycée Janson de Sailly à Paris, il obtient une licence en Histoire de l’art à l’université. Il décide ensuite d’intégrer l’École des Beaux-Arts où il apprend la sculpture auprès de Jean-Antoine Injalbert. En 1917, le jeune homme est engagé dans l’armée française. Il participe notamment aux batailles du Chemin des Dames et de Verdun. L’année suivante, le soldat est transféré dans la force expéditionnaire américaine comme interprète. De 1919 à 1921, il retourne à l’École des Beaux-Arts pour poursuivre son apprentissage de la sculpture. Josset obtient la première médaille au Salon des Artistes français en 1922 et en 1923, date à laquelle il obtient également le Prix de Rome. Il devient ensuite l’élève d’Émile-Antoine Bourdelle et d’Henri Bouchard. Parallèlement à son travail auprès des deux artistes, Josset réussit à sculpter quinze monuments aux morts dont une statue du Christ en croix en 1924 pour la ville de Jussy, dans l’Aisne. Il réalise également plusieurs statues et reliefs pour des églises et des maisons privées situées dans les zones dévastées par la guerre. D’autres œuvres sont exposées au Salon des Artistes français ainsi qu’au Salon d’Automne et à l’Exposition des Arts décoratifs en 1925. Outre son activité de sculpteur, Josset rédige des critiques d’art pour le magazine La Peinture à Paris de 1921 à 1924.

En 1926, Raoul Josset et son ami José Martin sont sollicités par un Américain, M. Lucas, pour travailler à la Northwestern Terracotta Company de Chicago. Le recruteur cherche à importer dans son entreprise le savoir-faire et le style Art Déco français pour impulser une nouvelle dynamique de création. Contrairement à José Martin, Josset quitte Cherbourg le 14 mars 1927 à bord du paquebot S.S. Olympic. Une fois arrivé sur le sol américain, il s’installe à Chicago. Il se fait progressivement une réputation en créant des décors pour divers bâtiments de la ville tels que le Palmolive et le Carbide & Carbon. Au début de l’année 1931, Josset trouve un poste à Cleveland à l’instar de son ami José Martin. Mais en octobre, la faillite de la société contraint l’artiste à rejoindre Chicago. En mai 1932, il achète un vaste espace au rez-de-chaussée de l’America-Fore Building sur Rush Street dans lequel il aménage un studio et ouvre une école de sculpture. Celle-ci accueillera des élèves pendant sept ans. Parallèlement à ses activités d’artiste et de professeur, Josset multiplie les conférences dans des clubs d’art et à l’Art Institute of Chicago de 1929 à 1936.

En 1933, le sculpteur français reçoit des commandes pour l’exposition internationale de Chicago grâce à son amitié avec l’un des architectes du projet, Donald Nelson. Martin et lui travaillent ensemble pendant les premiers mois de 1933. Ils créent dans le studio de Josset une statue représentant le Pouvoir exécutif américain pour le Federal Exhibit Building ainsi que quatre bas-reliefs représentant les départements d’État, du Trésor, de l’Armée et de la Marine pour la fontaine de la rotonde. Josset part ensuite en France où il rend visite à sa mère. Il quitte définitivement son pays natal le 11 octobre 1933 à bord du S.S. Paris. Il est naturalisé américain le 27 septembre 1934. La même année, la société Bennett, Parsons & Frost lui commande deux sculptures en granit, représentant un chef indien, Tecumseh, et son frère, Tenkswatawa, pour orner le pont Lincoln à Vincennes dans l’Indiana. Les deux statues sont inaugurées en juin 1936 par le président Roosevelt.

En 1935, Josset participe à la création d’un monument commémoratif dans le Marquette Park à Chicago. Le monument est dédié à deux aviateurs lituaniens, le capitaine Stephen Darius et le lieutenant Stanley Girenas, morts dans le crash de leur avion en Allemagne en 1933. La même année, Josset est employé par l’architecte George Dahl pour participer à la décoration de Fair Park à Dallas. Martin et lui ont été recommandés par leur ami commun Donald Nelson. Ils arrivent à Dallas en février 1936. Josset et Lawrence Tenney Stevens sont chargés de créer six statues monumentales représentant les six autorités étatiques ayant successivement gouverné le Texas jusqu’à son intégration définitive dans les États-Unis. Josset réalise les statues de la France, du Mexique et des États-Unis, tandis que Stevens sculpte celles du Texas, de l’Espagne et de la Confédération. Martin et Josset créent aussi l’American Eagle, ornant le sommet du Tower Building, et la statue Spirit of the Centennial, située aujourd’hui devant le musée de la Femme. Cette dernière sculpture représente une femme nue assise sur un cactus. Une jeune fille de Dallas, Georgia Carroll (1919-2011), fut choisie comme modèle par Raoul Josset pour le haut du corps. Elle devint plus tard une actrice, chanteuse et mannequin célèbre.

Après avoir honoré la commande de Fair Park, Josset reste encore deux ans à Dallas. C’est une période d’intense création artistique pour Josset. Il sculpte de nombreuses œuvres commémorant des personnalités et des événements historiques majeurs. À Gonzales, Josset signe un bas-relief en bronze en hommage aux trente-deux hommes morts dans la bataille de Fort Alamo. Il participe également à la création de deux monuments près de La Grange et à Refugio commémorant respectivement l’Expédition Mier de 1842 ainsi que la mort du capitaine Amon B. King et de ses hommes lors de la Révolution texane en 1836. Une statue à l’effigie de René Robert Cavelier de La Salle est par ailleurs élevée dans le parc national d’Indianola en 1938. La même année, il réalise en collaboration avec Donald Nelson et José Martin la statue Pioneer Woman pour le cinquantième anniversaire de la Foire du Texas. Au printemps, Josset se rend à New York où il doit participer à la décoration de la prochaine exposition universelle : il créé pour cette occasion la statue Excelsior destinée à orner la façade du New York State Building.

Après avoir divorcé de Lucille Rocky dans les années 30, Josset épouse en secondes noces Mary Elizabeth Amstrong en septembre 1939. Malheureusement, ils se séparent un an plus tard à Chicago. Josset se retrouve à nouveau seul et peine, qui plus est, à trouver du travail. Il décide donc de rejoindre le Federal Art Project initié par Roosevelt pendant la Grande Dépression pour soutenir les artistes. Il remporte la commande d’une statue de Lafayette lors d’un concours public à Philadelphie. En 1940, l’artiste participe à l’exposition internationale de sculpture. De 1943 à 1944, Josset renoue avec l’enseignement de la sculpture à la Cooper Union School of Fine Arts à New York.

En avril 1948, Josset quitte New York pour s’installer à Dallas. Il vit pendant six mois chez José Martin et sa femme. L’artiste utilise l’atelier de son ami, situé dans la rue de l’Exposition, pour réaliser deux grands bas-reliefs devant orner la loge maçonnique de Waco. Situées de part et d’autre de l’entrée principale, ces œuvres illustrent la construction du temple de Salomon. Le début des années 1950 marque à la fois un échec conjugal et un retour en grâce de l’artiste. Malgré deux précédents divorces, Josset se marie pour la troisième fois avec une de ses étudiantes roumaine, Catherine Marco, qui le quitte à peine un an plus tard. Sa vie professionnelle se révèle en revanche bien plus heureuse. En 1950, le Dallas Museum of Art accueille dans ses salles d’exposition la statue du Discus Thrower réalisée l’année précédente dans le cadre de la troisième exposition internationale de sculpture à Philadelphie. Josset acquiert en 1951 son propre studio dans la rue Fairmount à Dallas. Deux ans plus tard, il vit un des plus beaux moments de sa carrière en devenant membre de la National Academy of Design. Entre 1953 et 1954, il sculpte une statue en marbre de Saint François d’Assise à la demande de M. et Mme Muth résidant à Dallas. Il réalise également une seconde version de cette œuvre pour Mme Miriam Green. Toujours désireux de partager son amour de l’art, Josset effectue de nombreuses conférences au Cercle français de Dallas jusqu’en 1955. Mais à partir de cette date, la santé de Josset se dégrade de plus en plus et sa carrière connaît un déclin notable. Bien qu’il soit sous la « protection » de Mme Miriam Green, l’artiste reçoit peu de commandes. En juin 1957, Josset réalise un modèle en plâtre de la statue de Sam Houston pour la loge maçonnique de Waco. Il n’aura malheureusement pas le temps d’en faire un bronze car il meurt d’une cirrhose du foie le 29 juin 1957 à Dallas.

JOSEPH CAMILLE MARTIN, dit JOSÉ MARTIN
Miéry, Jura, 1891 – Dallas, Texas, 1985

Joseph Camille Martin naît le 27 avril 1891 à Miéry, un village situé dans le Jura. Il quitte l’école à l’âge de 11 ans pour travailler dans l’atelier paternel. Son frère Jean et lui apprennent auprès de leur père, fabricant de meubles, la sculpture du bois. Mais en 1910, José Martin intègre un orchestre de l’armée en tant que saxophoniste afin d’honorer sans doute son service militaire. Deux ans plus tard, le jeune homme décide de s’installer à Paris pour étudier à l’École des Beaux-Arts et réaliser ainsi son rêve de devenir artiste. Son apprentissage est malheureusement interrompu par la Première Guerre mondiale dans laquelle il s’engage comme volontaire. Blessé à quatre reprises, le jeune soldat est décoré de la Médaille de Verdun et de la Croix de Guerre. En dépit du conflit, il se marie en 1916 à Jeanne avec qui il aura deux enfants : Jean-Pierre en 1920 et André en 1924.

À la fin de la guerre, José Martin reprend ses études à l’École des Beaux-Arts. Mais il est difficile pour l’ancien combattant de mener de front sa double vie d’époux et d’étudiant en art. Il choisit donc de quitter l’École des Beaux-Arts en 1919. Le jeune artiste en herbe trouve un premier travail de dessinateur dans la Compagnie des Arts français fondée par Louis Süe et André Mare dans le faubourg Saint-Honoré. Tous deux font partie des chefs de file du mouvement Art Déco avant l’Exposition internationale de 1925 à Paris. Ce premier emploi n’empêche pas Martin d’accepter d’autres propositions d’activité. L’artiste aide notamment le sculpteur Antoine Sartorio à la création des frontons de l’Opéra de Marseille et du décor extérieur du palais de la Méditerranée à Nice. Il l’assiste également dans la réalisation du monument d’Alvear érigé à Sao Paulo au Brésil. Le sculpteur signe toutefois de sa propre main un monument aux morts à Danjoutin (Territoire de Belfort) ainsi qu’une œuvre dédiée à Louis Pasteur dans le village d’Arbois (Jura).

À partir du milieu des années 1920, les commandes se font plus rares en France. José Martin éprouve donc de plus en plus de difficultés à vivre de son art. En 1926, un homme d’affaires américain, M. Lucas, vient en France recruter des artistes pour travailler dans la Northwestern Terra Cotta Company à Chicago. José Martin propose sa candidature mais après avoir été retenu, il choisit de se rétracter. Son ami Raoul Josset, dont il a fait la connaissance en 1920, est quant à lui recruté par la société et part aux États-Unis le 14 mars 1927. José Martin le rejoint finalement en octobre 1928 car, selon Josset, une place lui est « réservée » dans l’entreprise. Malheureusement, une fois arrivé, Martin se voit refuser le poste. Les employés de la Terra Cotta Company, nouvellement regroupés en syndicat, préfèrent privilégier l’emploi d’artistes américains compte tenu du fort taux de chômage de leur pays. Seuls deux choix s’offrent alors à José Martin : rester aux États-Unis ou rentrer en France. Contre l’avis de Raoul Josset, l’artiste décide de tenter sa chance sur le sol américain.

Sa femme et ses deux fils le rejoignent à Chicago en 1929. Vers la fin de l’année, Martin trouve du travail dans une compagnie de décoration en plâtre à Milwaukee. En 1931, il est employé par la Cowan Pottery Company à Cleveland où il retrouve son ami Raoul Josset. Sa famille le rejoint quelques temps plus tard mais malheureusement la société fait faillite suite au crash boursier de 1929. Raoul Josset retourne donc à Chicago mais Martin reste à Cleveland jusqu’à la fin de l’année. Il reçoit une offre d’emploi de l’entreprise de Milwaukee pour laquelle il avait travaillé en 1930. L’artiste doit se rendre à New York pour participer à la décoration des plafonds de l’hôtel Waldorf-Astoria. Mais, une fois arrivé en janvier 1932, il est contraint de partir face au refus du syndicat d’employer un artiste immigré au détriment d’un Américain. José Martin décide malgré tout de rester à New York. Trois mois lui sont nécessaires pour trouver enfin un poste de fabricant de mannequins. Mais ce travail ne suffit pas à subvenir aux besoins de toute la famille. À la fin de l’année, Martin revient donc à Chicago où doit bientôt avoir lieu l’Exposition internationale « Le Siècle du Progrès ».

Grâce à son amitié avec l’architecte Donald Nelson, Raoul Josset obtient la commande d’œuvres sculptées pour l’Exposition de Chicago. Il invite une fois encore son ami José Martin à travailler avec lui sur ce projet. Les deux hommes créent notamment une statue représentant le Pouvoir exécutif américain pour le Federal Exhibit Building ainsi que quatre bas-reliefs représentant les départements d’Etat, de la Trésorerie, de l’Armée et de la Marine pour orner la fontaine de la rotonde. En 1934, ils créent deux statues monumentales du chef indien Tecumseh et de son frère Tenkswatawa sur le pont Lincoln à Vincennes, dans l’Indiana. Deux ans plus tard, Donald Nelson recommande les deux amis à l’architecte George Dahl pour la décoration de Fair Park, à Dallas, à l’occasion de l’Exposition du Centenaire de l’Indépendance du Texas. Martin assiste Raoul Josset dans la réalisation de trois statues Art Déco représentant la France, le Mexique et les Etats-Unis. Il participe aussi à la création de la statue Spirit of the Centennial, située aujourd’hui devant le musée de la Femme, et du bas-relief American Eagle ornant le sommet de la colonne du Federal Building. Un an plus tard, il réalise en collaboration avec Raoul Josset et Donald Nelson la statue Pioneer Woman.

Suite au projet colossal de Fair Park, José Martin s’installe à Dallas où il devient officiellement citoyen américain le 30 juin 1937. L’artiste honore plusieurs commandes publiques et privées destinées à orner divers lieux de la ville. En 1938, il réalise deux figures féminines flanquant aujourd’hui les deux extrémités de la scène du Lakewood Theater. Son ami Raoul Josset et lui collaborent également à la création de la statue d’une femme et d’un enfant érigée dans le jardin du Texan Scottish Rite Hospital for Crippled Children. Deux bas-reliefs en pierre, représentant un professeur et ses élèves, sont créés en 1941 pour orner l’entrée de l’école élémentaire Margaret B. Henderson dans le quartier d’Oak Cliff. La même année, José Martin réalise cinq bas-reliefs en pierre d’après les dessins de Pierre Bourdelle pour la Baylor Medical Alumni Library. En 1942, Martin prend part à sa manière à la Seconde Guerre mondiale. Il s’installe à Seattle pour travailler comme designer d’avions de combat au sein de la North American Aviation.

Après la guerre, il revient vivre à Dallas où il épouse en secondes noces Lucille Meith le 22 février 1947. À cette époque, Martin bénéficie d’une notoriété locale lui assurant une situation professionnelle stable. Il fait d’ailleurs partie de la nouvelle association des artistes texans depuis 1946. À l’aube de ses soixante ans, il répond à des commandes de diverses provenances tout en aidant occasionnellement son ami Raoul Josset à l’état de santé fragile. En 1947, Martin crée un monument aux morts pour le cimetière de Restland. Deux ans plus tard, il orne le fronton d’entrée de la University Park Methodist Church d’un bas-relief représentant le Christ. En 1950, Martin renoue avec l’univers hospitalier : il réalise en effet un buste en bronze du docteur George Truett qui est aujourd’hui exposé dans le hall du Baylor Hospital. En 1957, il vient en aide à Raoul Josset qui éprouve des difficultés à réaliser le modèle en plâtre de la statue de Sam Houston pour la loge maçonnique de Waco. L’artiste aurait également créé des œuvres pour l’hôtel Baker et divers restaurants de Dallas mais aucun document ne vient pour l’instant attester cette hypothèse. Quoi qu’il en soit, José Martin ne cesse d’exercer son métier de sculpteur jusqu’à la fin de vie. Il décède à Dallas, en 1985, à l’âge de 94 ans.